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Actualité Pas-de-Calais

samedi 17 mai 2008

À Quiévrechain, chez les ados prisonniers

Près de Valenciennes, l'Établissement pour mineurs de Quiévrechain (EPM), ouvert depuis septembre, remplace les vétustes quartiers des prisons traditionnelles.

PAR NICOLAS FAUCON

region@lavoixdunord.fr

PHOTO DIDIER CRASNAULT Au fond d'une impasse, un vaste rectangle de béton. Avec un drapeau tricolore secoué par les vents. L'enceinte est close ; les murs sans fenêtres.

Ouvert depuis le 17 septembre, l'EPM de Quiévrechain est l'un des sept établissements créés en France pour remplacer à terme les quartiers pour mineurs des prisons traditionnelles, qui étaient de plus en plus critiqués pour leur vétusté et leur manque de contenu éducatif. À ce jour, 136 ados sont déjà passés par Quiévrechain.

Répartis par groupes de dix dans six bâtiments distincts appelés « unités de vie », les jeunes condamnés ou en attente de jugement dorment dans des cellules individuelles de 9 m² et sont socialisés tout au long de la journée. Une sorte de prison trois étoiles, quoi.

Quelque 120 surveillants, éducateurs, enseignants et personnels de santé travaillent ensemble. La pluridisciplinarité des équipes, une autre des caractéristiques des EPM.

Lors de l'inauguration en 2007 du premier établissement à Meyzieux, près de Lyon, le ministre Pascal Clément avait évoqué sa «  volonté de sortir les mineurs des prisons pour adultes », qualifiant même les EPM de lieux « humanistes, de salles de classe entourées de murs ». De fait, les quartiers pour mineurs des prisons de Valenciennes et Sequedin ont disparu. Reste juste, dans la région, celui de Longuenesse, près de Saint-Omer.

Les juges envoient davantage les mineurs en prison depuis la naissance de l'EPM de Quiévrechain. « Avant sa création, ils étaient 30 à être incarcérés dans le département du Nord. Au moment où je vous parle, ce chiffre est passé à 49 », dit Gilles Haudiquet, directeur du service éducatif rattaché à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Pour le principal syndicat des éducateurs de la PJJ, les EPM ont un effet pervers, celui de banaliser la prison. Des associations comme le Genepi et des magistrats dénoncent eux les moyens mis dans les EPM au détriment des centres ouverts.

« Pour l'instant, pas de suicide, pas d'évasion, pas d'émeutes, rien de sensationnel », lâche, un brin ironique, le directeur, Christophe Millescamps. « Mais personne n'est à l'abri de ce qui s'est passé à Meyzieu (en février, un ado s'est suicidé) et la vigilance des équipes est toute particulière », enchaîne Gilles Haudiquet.

De 13 à 18 ans

Ce jour-là, 49 ados sont emprisonnés (la capacité maximale est de 64 places). Âgés de 13 à 18 ans, ils suivent des cours, font du sport, regardent la télé, préparent un diplôme. 75 % viennent du Valenciennois et de la métropole lilloise. Et 91 % étaient déjà « connus » par la PJJ avant leur incarcération. Jean-Frédérick Henrard, chef de la détention : «  La majorité est ici pour des vols avec violence. Il y a aussi pas mal d'outrages à agent. On a un certain nombre d'auteurs d'actes criminels aussi.  » À seize ans et demi de moyenne d'âge, « ils sont plutôt dans un état de santé correct  », juge Virginie Bardiaux, cadre de santé à l'EPM.

Thierry (prénom d'emprunt) se prélasse sur un sofa. Interdiction de l'interviewer. « On est chouchoutés ici », lâche-t-il juste, mi-ludion mi-trublion.

17 h 30 ; la journée de cours est terminée. Plus loin, au gymnase, un autre groupe joue au basket-ball. Jean-Michel Vandeville,éducateur sportif à la PJJ, fait l'arbitre. «  Avant, sur un simple regard, ils pouvaient se battre. Mais ça va mieux.  » Dehors, Jean-Frédérick Henrard discute avec un ado de 17 ans qui sort le lendemain de détention. Pour Catherine Pech, la directrice adjointe, « les jeunes qui sont ici ont cumulé des problèmes. La plupart sont déscolarisés depuis plus d'un an et demi quand ils arrivent ici. Et plus de 50 % d'entre eux ne sont pas visités par leur famille aux parloirs ». •

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