

Près d'un million de touristes foulent chaque année le sol des Deux-Caps (comme ici le Gris-Nez), profitant d'une vue imprenable surl'Angleterre. : La Voix du Nord PAR MARINE PENNETIER
region@lavoixdunord.fr
PHOTOS GUY DROLLET Au milieu des bruits de pelleteuse et des ouvriers qui s'activent sous le soleil matinal, les promeneurs empruntent le nouveau chemin de craie qui mène au sommet. Avec le vent, la craie blanche des murets a tendance à colorer très légèrement les cheveux et les visages des touristes. « D'où le nom du site », lance avec malice l'un d'eux. Cap Blanc-Nez : un des endroits les plus prisés du Nord - Pas-de-Calais avec le cap Gris-Nez qui lui fait face. Une zone côtière qui s'étend de Calais à Boulogne-sur-Mer, riche en panoramas et dotée de paysages de cartes postales. Un bijou de la nature qui se voit offrir depuis plus d'un an un brin de toilette et un réaménagement financés en grande partie par le conseil régional et l'Union européenne.
Après une année de privation, locaux et touristes viennent en nombre depuis ce week-end admirer la vue et découvrir le nouveau visage du site. « Avant, on montait avec la voiture jusque-là », se souvient Dominique Jansen, en désignant du doigt le pied de la Dover Patrol. « On était envahi par les camping-cars. On a maintenant un cap à l'état pur ! », s'enthousiasme cette Lilloise.
Car désormais les voitures sont parquées en contrebas, obligeant les touristes à grimper les quelques centaines de mètres à pied, préservant ainsi l'endroit classé « Grand Site ». Une « marche forcée » qui n'a pas découragé Jacqueline : « Un site comme ça, il faut le mériter un peu », sourit cette dame originaire du Vaucluse, appuyée sur ses béquilles. « C'est bien mieux maintenant, le chemin goudronné permet d'accéder plus facilement, surtout pour moi qui suis momentanément handicapée », poursuit-elle.
Au sommet, la Dover Patrol dresse fièrement ses 20 mètres de pierre vers le ciel. Le mémorial de la Première Guerre mondiale a été entièrement nettoyé et a retrouvé le « côté solennel et respectueux » qui lui faisait défaut. « Les gens montaient sur la flèche, y jetaient leurs mégots », raconte Dominique qui salue cette « mise en valeur naturelle et sobre ».
Un peu plus bas, sur le sentier qui descend jusqu'à Wissant, Nadine et Damien s'apprêtent à enfourcher leurs vélos. Malgré le choix d'un macadam marron qui se marie bien avec la couleur de la terre, ils préfèrent les sentiers sauvages. « On est là pour avoir de la nature, de l'air et du calme. Résultat, on se trouve face à du béton et à des marches », regrettent-ils. Hors des sentiers nouvellement tracés, on trouve les irréductibles des sentiers « naturels », portés par un sentiment de liberté qu'ils ont l'impression de perdre avec des poteaux et des fils de fer désormais omniprésents. « C'est certain que c'est plus sûr pour les enfants de rester sur le sentier tracé, surtout aussi près des falaises », reconnaît néanmoins Catherine, avec en guise d'argumentation le spectacle de son fils en mauvaise posture, les pieds dans la craie... derrière la clôture.
Au cap Gris-Nez, plus au sud, c'est le même dépit : « C'est la nature vue d'une cage », déplore Jarek, un jeune Américain de 17 ans, appareil photo à la main. Un constat sévère relativisé par son hôtesse Isabelle de Longeville, adossée à une bâche couvrant la future végétation : « Le site est splendide et calme. Rien ne peut gâcher ce spectacle. À moins qu'ils ne décident de construire un restaurant... ou de mettre de la musique. » Rien à craindre de ce côté-là. Avec la fin des travaux, la musique du transistor des ouvriers s'éteindra et les sites de la côte retrouveront leur silence majestueux, interrompu par le seul bruit du vent et le cri des mouettes. Et les clics des appareils photo.
RÉAGISSEZ !
devousanous@lavoixdunord.fr
Soyez le premier à donner votre avis